Les séances DaiVaiDai & TaiVai des Potos et des Waffou!!!

Kamen

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Re : Les séances DaiVaiDai & TaiVai des Potos et des Waffou!!!
« Réponse #1665,  »Modifié
We need to talk about Kevin

Eva Khatchadourian (Tilda Swinton), dont la vie n'a pas l'air d'être drôle tous les jours (maison vandalisée, ménage optionnel, alcool de rigueur), passe un entretien d'embauche pour un nouveau poste, entrecoupé de flashbacks embrumés sur comment elle en est arrivée là. Le comment, c'est son histoire personnelle, de journaliste aventurière à femme seule au fond du gouffre, en commençant par sa lune de miel jusqu'aux plus récents développements avec sa progéniture.
Car Kevin a décidé, on le comprend très vite, de faire son massacre de Columbine à lui. Pourquoi ? Le doute est instillé, la réponse jamais donnée. Elle n'aime pas son fils, cette grossesse n'était pas désirée, et l'enfant le sent, le sait, et le lui rend bien. Mais, est-ce simplement une vengeance, ou Kevin est-il un monstre, tout simplement ? Auquel cas, comment faire face à l'énormité d'être la mère de l'ennemi public numéro 1, et donc tenue pour responsable de tout ?
Les vignettes de la vie de Tilda se mélangent, le spectateur est happé par cette déconstruction temporelle, semblable au brouillard émotionnel et intellectuel parfumé d'alcool mais toujours teinté de rouge (éclairages, peinture, reflets, tomates, blessures) dont est enveloppée la protagoniste, et sa coupe de cheveux devient le fil d'Ariane auquel se raccrocher dans ce labyrinthe de souvenirs.
En face d'elle, Kevin, interprété avec brio par Jasper Newell et Ezra Miller, est cet enfant puis adolescent au sourire carnassier, toujours enthousiaste devant son père, toujours exaspérant avec sa mère. Exaspérant ? N'est-il pas manipulateur, voire franchement malveillant à plusieurs reprises ? N'est-ce pas Tilda qui ne supporte pas les contraintes de la maternité et qui s'imagine tout cela ? Il faudrait qu'elle parle de Kevin, mais le sujet n'est jamais abordé. La seule fois où une discussion s'engage avec son mari (au détour du thème imposé : le divorce), Kevin écoute aux portes. "Ne va pas t'imaginer des choses, surtout si tu n'as pas le contexte." "Je SUIS le contexte", répond-il, sardonique. C'est glaçant.

Bref, un excellent film à tout point de vue (esthétique, construction, performances d'acteurs !!!), à ne pas voir dans le cadre d'une sortie familiale, mais qui fait fortement réfléchir à la parentalité, surtout point trop heureuse. J'adore, et je recommande chaudement.
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Ken_oh

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Battou

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Re : Les séances DaiVaiDai & TaiVai des Potos et des Waffou!!!
« Réponse #1667,  »
Salut.

On a vu le film à sa sortie et je partage complètement le bien que tu en dis. S'agissant les "motivations de Kevin", ça m'avait l'air assez clair à l'époque :
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Il vise à chaque fois sa mère de manière indirecte, pour attirer son attention, pour l'atteindre, pour la faire souffir.
Il en est même à utiliser l'arc en référence  à l'histoire de Robin des Bois que lui racontait sa mère.
En tout cas la scène du carnage est à la fois surprenante et glaçante de cruauté.

Stupid snake ! You won't be having Jesus Christ Lizard today, will you ? Shame on you ! :o

Kamen

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Re : Les séances DaiVaiDai & TaiVai des Potos et des Waffou!!!
« Réponse #1668,  »
Spoiler lu, et je suis d'accord avec toi, sauf que... pourquoi ? Le gamin est-il déséquilibré ou fait-il payer sa mère ? J'ai trouvé le propos extrêmement dur mais juste. Et contrairement à d'autres films, il interroge sur comment gérer l'après, et pas seulement sur le côté des victimes évidentes (oh, la scène du garçon en fauteil roulant !!!).
Pour moi, le moment formidable est celui de la scène finale.
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"Why? I used to think I knew; now I'm not so sure." C'est étouffant. Et cela pose la question de la rédemption, en fin de compte. C'était incroyable.
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Battou

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Kamen

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Re : Les séances DaiVaiDai & TaiVai des Potos et des Waffou!!!
« Réponse #1670,  »
Je vois plusieurs lectures possibles...
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  • C'est une vengeance, et il se rend compte de l'énormité de la chose, maintenant que sa haine est apaisée.
  • Il continue à haïr sa mère et fait semblant de se rapprocher pour mieux la poignarder, comme avec le livre de Robin des Bois.

L'essentiel, c'est que Tilda lui pardonne, elle fait tout pour ne rien rater du rendez-vous (tous les lundis, dont on peut supposer qu'il ne s'agit que de faire acte de présence puisqu'il refuse de parler), et elle essaye de l'embrasser.
Re : Les séances DaiVaiDai & TaiVai des Potos et des Waffou!!!
« Réponse #1671,  »Modifié
The Lobster
Cette farce absurde et grincante, au casting intergalactique (Colin Farrell, Rachel Weisz, John C. Reilly, Peter Wishaw, Lea Seydoux), nous presente un monde etrange ou un mari fraichement abandonne par sa femme volage, doit partir dans un hotel de campagne pour 45 jours afin de trouver l'ame soeur, sous peine d'etre transforme en animal (de son choix tout de meme, d'ou le titre du film en l'occurence). Dans cet hotel, il fera la connaissance d'un homme afflige d'un cheveu sur la langue, et un autre legerement boiteux. Comment, dans ces conditions, seduire ? Le film denonce la tyrannie du couple et l'imperatif moral de la societe, les relations (convenues) etant basees sur le plus petit denominateur commun (qui se ressemble s'assemble, a commencer par les tares).
Heureusement, les choses ne s'arretent pas la, puisqu'il est possible de rallonger la duree du sejour en partant a la chasse aux celibataires recalcitrants dans le bois voisin, et ils sont au moins aussi malades (toute forme d'affection est severement punie) que les marieurs. La spontaneite peut-elle avoir lieu ? Peut-on ne pas rentrer dans une case ? Difficile dans cette (notre ?) societe, comme en temoigne cette affreuse scene au debut du film. Colin Farrell demande de nouvelles chaussures a l'hotel. "44,5", precise-t-il. "Pas possible, c'est 44 ou 45 !", se fait-il assener.
Si le rythme s'essouffle dans la seconde partie, la bizarrerie de la chose est tout a fait rejouissante. La musique, entierement composee de quatuors a cordes lancinants ou grincants (Schnittke, Britten, Chostakovitch, Stravinsky et une pincee de Beethoven), finit de mettre mal a l'aise. Ce film n'est pas pour tout le monde, mais il vaut le coup d'oeil !

Ex Machina

Un employe d'une boite informatique est invite par son patron, sorte de Richard Branson hipsterise, pour passer une semaine dans son ranch isole au milieu des montagnes et participer a une experience hors du commun. Une fois les accords de confidentialite signes, il lui est revele qu'une nouvelle IA a ete mise au point, avec corps artificiel assez realiste, et il faut tester son humanite (test de Turing). Les conditions sont etranges, car une telle mise a l'epreuve se fait normalement en aveugle, mais n'est-ce pas justement le test ultime de savoir que l'on s'adresse a un robot et qu'il donne (pourtant ?) des signes d'humanite ?
Cette sorte d'adaptation de L'Eve future de Villiers aux airs de triangle amoureux malsain (plus la servante coreenne qui ne parle pas un mot d'anglais) happe le spectateur. Visuellement par sa beaute plastique : Alicia Vikander est ahurissante dans le role du robot, ses gestes sont fluides mais pas completement coules, on sent physiquement que quelque chose est etranger, performance que seule une danseuse pouvait delivrer.Intellectuellement par le vertige des questions posees et les sables mouvants sur lesquels le protagoniste se deplace. Personne n'est tout noir ni tout blanc, et on sent bien que quelque chose est cache, mais qui croire, que croire, a quels sens faire confiance ? Le rythme est egalement parfait, grace aux entretiens quotidiens du test, et les scenes folles et derangeantes, comme le patron en boxer et T-shirt qui improvise une danse synchro sur de la pop avec sa bonne.
Pour amateurs de huis-clos, de SF et d'atmosphere deletere.

Under the Skin

Scarlett Johanssonn deambule en van dans les rues d'Edinburgh a la recherche de jeunes celibataires pour en absorber la substance, car elle est une etrange creature extra-terrestre. Voila le point de depart de cet OVNI cinematoraphique, oeuvre d'art plus que film, que je ne peux que saluer mais pas recommander.
Le tournage est une experience en lui-meme : a quelques rares exceptions, il n'y a pas d'acteurs professionnels, et les reactions des victimes sont tout a fait spontanees. La sensation d'isolement et d'etrangete de Miss Johanssonn sont aussi parfaitement rendues : elle voit et entend le monde a travers des vitres et un retroviseur, elle vit dans sa bulle mobile, etrange, jusqu'a ce qu'elle finisse par vouloir decouvrir ce monde (seconde moitie du film). Visuellement, les couleurs, les sons, les effets visuels sont epatants (la scene de la baudruche humaine dans l'ocean noir est terrifiante et vraiment lechee), mais cela n'empeche pas le film d'etre tres lent, trop etrange, pour que je puisse jamais rentrer dedans. J'ai bien du faire 10 pauses au total. Bref, une experience difficile, que je ne regrette pas a posteriori d'avoir faite, mais les efforts demandes etaient franchement trop eleves a mon gout.
Pour public averti.
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